| | | la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) | |
| |
| Auteur | Message |
|---|
konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Dim 3 Aoû - 12:33 | |
| 1 : 33 Mes plus vieux souvenirs, se sont des odeurs d’aisselles et d’autres parties de mon corps. J’adorais ça. Je ne sais pas quel âge j’avais, à l’époque. Je restais des heures dans un carton, à écouter mon père et ma mère picoler et discuter de trucs de plus en plus incohérents. J’aimais ce carton. Je m’y sentais chez moi. J’y restais des journées entières ; c’était avant que j’aie l’âge d’aller à l’école. Je frottais mes doigts contre mes aisselles, et je les reniflais. Je passais la main entre mes couilles et mes cuisses, et je humais. J’ai continué à faire ça une fois adulte. L’odeur de ma sueur m’a toujours fasciné. Et toutes mes autres odeurs corporelles. Je suçais mon doigt, le matin, avant de me lever, et je respirais l’odeur aigre de ma salive. J’enfonçais mon doigt plus ou moins profondément dans mon trou du cul, selon que je voulais avoir une odeur plus douce ou plus acre. Mes parents n’ont jamais rien su de tout ça. Je restais plusieurs minutes enfermé dans mon carton, à renifler mon doigt imprégné d’odeur de merde et de sueur, sans penser à rien d’autre. Je n’entendais même plus les conversations idiotes de mes parents. Très tôt, j’ai respiré ma merde. Quand je chiais, avant d’appeler ma mère pour m’essuyer (et puis plus tard, quand j’ai su me torcher tout seul, avant de tirer la chasse), je me penchais dans la cuvette pour renifler. Ou bien, je m’en mettais un peu au bout du doigt. Chaque jour, elle avait une odeur différente. Pourtant, je la reconnaissais tout le temps. C’était ma merde. Rien qu’à moi. Quand j’allais aux toilettes pour sentir la merde de ma mère ou de mon père, juste après qu’ils soient sortis, ça n’était pas pareil. Ca ne me plaisait pas. Il n’y avait que mes propres odeurs qui m’attiraient. Une fois, j’ai goûté mes excréments. Ca m’a déplu. Je n’ai pas recommencé. J’avais sûrement six ans, puisque mon père était encore vivant. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Lun 4 Aoû - 3:09 | |
| 2 : 32 Enfant, j’avais un fantasme. Il m’a duré des années. Jusqu’à ma renaissance en fait, jusqu’à ce que je m’isole et que je quitte la société des hommes. C’était le fantasme de l’homme dehors, qui approche avec sa hache et vient me chercher. Qui vient me tuer. La nuit, dans mon lit, juste avant de m’endormir, quand j’étais allongé sur le côté, il arrivait que mon oreille soit repliée sur elle-même, et alors j’entendais le battement de mon cœur pulser là, à mon oreille, avec une nuance granuleuse, qui rappelait les pas de quelqu’un vêtu de bottes, sur un sol de terre sèche ou de graviers. Ca arrivait juste avant que je m’endorme, et à chaque fois j’avais le même fantasme. L’homme à la hache venait me chercher, il allait d’abord tuer mon père, et puis ma mère, et puis moi ; il essaierait de défoncer la porte avec sa hache ou alors à coups de pieds, mon père entendrait ça et irait voir, ce serait le premier à mourir ; ma mère ensuite, les coups de hache feraient taire les hurlements qu’elle aurait poussés en découvrant la scène. Et moi, enfin. Calme ; ce serait un moment attendu depuis longtemps, quelque chose de normal ; je n’aurais pas peur, je ne me débattrais pas. L’homme serait enfin là, devant moi ; à force d’approcher, chaque nuit, chaque nuit, il serait là ; il serait grand, avec un manteau noir, une barbe, couvert de sang, et sa hache goutterait sur le sol. Il me sourirait, ses yeux seraient noirs et magnétiques, il lèverait sa hache, lentement, j’essaierais de ne pas fermer les yeux mais je n’y parviendrais pas, sa hache me fendrait la poitrine, j’entendrais l’os craquer, je sentirais le sang chaud, ça serait fini. C’est un de mes plus doux souvenirs d’enfance. Ce moment, juste avant de m’endormir, où je prends la bonne position, et j’écoute les pas de l’homme, qui approche, à pas lents, calme, inexorable. Vers quinze ans, j’ai perdu l’image. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Mar 5 Aoû - 2:45 | |
| 3 : 31 La première chose morte que j’ai vu, c’est une mouche. Je n’allais pas encore à l’école. Mes parents et moi habitions un appartement en ville ; je ne sortais presque jamais. Ma mère était effrayée à l’idée que j’aille dehors. Elle faisait le ménage, et mon père était à son travail. Par la fenêtre, j’observais les gens, quatre étages plus bas. Il y avait des mouches. Ma mère en a tué une, juste devant moi, d’un coup de torchon contre la vitre. La mouche a laissé une trace rouge et elle est tombée par terre. Ma mère l’a ramassée et jetée dans un cendrier. J’étais fasciné. J’avais vu voler cette mouche, et je l’avais vu mourir. J’ai attendu que ma mère change de pièce, j’ai récupéré la mouche et je suis allé dans mon carton. Je l’ai observée, pendant un long moment, puis je l’ai écrasée entre mes doigts. Je me souviens de la sensation exacte. L’abdomen transformé en purée jaunâtre, humide contre ma peau, et le reste du corps, écrabouillé aussi, mais plus solide. Ca m’a soulevé le cœur. Et cette sensation était bonne, comme si ce haut-le-cœur dissimulait quelque chose de supérieur. Une conscience plus grande. Voilà ce que cette sensation m’avait suggéré. Bien sûr, à ce moment-là, je n’avais pas du tout identifié cela. J’étais un enfant. J’avais juste éprouvé une sensation d’écœurement qui faisait du bien. J’ai ressenti du trouble et de la confusion. J’ai terminé d’écraser la mouche entre mes doigts. Il n’en est resté que de la pulpe. Le trouble s’est prolongé, et puis dissipé, mais il a marqué mon esprit. J’ai quitté mon carton. Toute la journée, et toute la nuit, j’ai repensé à ça. Pour moi, à l’époque, ça ressemblait à un secret. Quelque chose connu de moi seul, que j’avais trouvé par hasard ; quelque chose d’important. C’est ce jour-là, je crois, que ma vie a complètement changé. Toute la suite s’est déterminée dans cet instant où j’ai tout compris sans rien pouvoir formuler. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Mer 6 Aoû - 4:20 | |
| 4 : 30 Le premier mort dont je me souvienne, c’est mon grand-père. J’avais cinq ans. C’était deux ans avant le suicide de mon père. Mes grands-parents habitaient une grande villa. Je n’avais pas le droit de jouer dans le jardin. Je restais à la cuisine avec ma mère et ma grand-mère ; mon père et mon grand-père discutaient au salon et buvaient du ricard. A midi et demi, nous sommes passés à table. Il manquait mon grand-père. Ma grand-mère l’a appelé, et il n’a pas répondu. Elle a laissé passé une minute. J’étais face à la télé. Il y avait La maison de TF1. C’était présenté par Evelyne Dhéliat. La détonation a éclaté à la fin de la séquence bricolage. Tout le monde a sursauté. Ma grand-mère s’est levée d’un coup en disant, à voix haute : « le fusil ! », et s’est précipitée vers l’escalier. Mon père l’a suivie. Ma mère a pali et n’a pas bougé. Je n’ai d’abord pas bougé non plus, et puis quand j’ai entendu ma grand-mère hurler, j’ai couru voir ce qui se passait là-haut. Ma mère ne réagissait toujours pas. Plus tard, elle m’a raconté qu’en fait elle s’était évanouie, mais je me souviens d’elle assise à table. Pale, immobile, et le regard fixe. Là-haut, mon père ne m’a rien laissé voir. La porte qui donnait sur le bureau de mon grand-père était déjà fermée. J’entendais ma grand-mère sangloter à l’intérieur, et faire des bruits bizarres avec sa bouche. Mon père paraissait bouleversé, mais il ne pleurait pas. Il m’a forcé à redescendre. Il a dit à ma mère d’appeler la gendarmerie, et il m’a conduit dehors. Nous nous sommes assis. Il m’a expliqué que mon grand-père était mort, que je ne devais pas voir ça, et que je passerai le reste du samedi chez les voisins. Des années plus tard, j’apprendrai qu’il s’était tiré une balle de fusil de chasse, en plein visage, qui l’a tué sur le coup, et qu’il n’a laissé aucune lettre d’explication. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Jeu 7 Aoû - 2:56 | |
| 5 : 29 Mon père s’est suicidé deux ans après, le vendredi treize juin mille neuf cent quatre-vingt, pendant que ma mère faisait les courses. Il était dix-sept heures trente, et je regardais Récré A2. Un épisode de Candy venait de commencer. Mon père avait la grippe. Il ne s’était pas rendu à son travail. C’est lui qui était venu me chercher à l’école. Après les devoirs, j’ai regardé la télé. Lui, il s’est enfermé dans la chambre. Un peu après le début de Candy, j’ai entendu un bruit provenir de la chambre, que je n’ai pas reconnu. J’ai appelé pour savoir si tout allait bien, sans réponse. J’ai appelé encore, et il y a eu un son étouffé, comme un gargouillement. J’ai été voir. Mon père s’était pendu dans la chambre. Il avait passé une corde autour d’une des poutres qui traversaient la pièce, et le bruit que j’avais entendu sans l’identifier était celui de la chaise qu’il avait renversée en se jetant dans le vide. Il m’a regardé. Ses pieds bougeaient de façon désordonnée au-dessus du sol. Avec ses mains, il tentait de desserrer la corde qui lui broyait le cou. Ses yeux étaient exorbités. Il ouvrait et refermait la bouche et un son mouillé en sortait ; il essayait de me dire quelque chose, ou alors simplement de respirer. Je n’ai rien fait. Je l’ai observé se débattre et mourir. L’agonie s’est achevée pendant le générique de fin de Candy. Je suis sorti, j’ai refermé la porte et je suis retourné devant la télé. Récré A2 était terminé. Je me suis levé pour changer de chaîne ; il y avait Un, rue Sésame qui commençait sur TF1. Un moment après, ma mère est rentrée. Elle paraissait joyeuse. Elle m’a demandé où était mon père, j’ai répondu que je croyais qu’il était dans la chambre. Elle est entrée, et elle a poussé un hurlement. Mon père non plus n’avait laissé aucune lettre d’explication. Longtemps après, je me suis demandé si le suicide était héréditaire. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Ven 8 Aoû - 4:36 | |
| 6 : 28 Nous avons déménagé. Il a fallu que ma mère trouve du travail. Il a fallu que je change d’école. A partir de l’année suivante, nous avons habité à la campagne. Il n’y avait plus que nous. C’était comme si le reste de la famille, des deux côtés, n’existait plus. La maison était à l’écart de tout. C’était une vieille baraque à deux étages, trop grande pour nous, isolée. Il fallait marcher deux kilomètres pour aller à l’école. Ca n’était pas sur le trajet du bus, et le travail de ma mère ne lui permettait pas de m’accompagner à l’école, ni de venir m’y chercher. J’ai découvert que j’aimais marcher, et que j’appréciais la solitude. Pour aller jusqu’à l’école, je suivais un petit chemin sur une centaine de mètres, à travers la forêt, puis une route départementale, que je longeais pendant deux kilomètres, jusqu’au village. Il fallait encore traverser une partie du village, jusqu’au centre. C’était une petite école, il n’y avait pas beaucoup d’élèves. J’aimais ce trajet. Les arbres. La forêt, j’aimais bien ça. Je ressentais sa puissance. Quand il faisait trop froid, ou trop chaud, ou qu’il pleuvait ou qu’il y avait du vent, c’était encore mieux. J’avais envie de me perdre là-dedans, et de ne jamais en sortir. De rencontrer les loups. Qu’ils me traquent. Me tuent. Qu’ils me jugent faible, ou alors qu’ils m’adoptent. A l’école, je m’ennuyais. Je ne parlais pas aux autres, et je ne parlais pas à ma maîtresse. Les adultes étaient au courant pour le suicide de mon père, alors ils me foutaient la paix. Aux récréations, je restais dans la classe, à dessiner. Je n’aimais pas l’école, tout me paraissait faux. Tout avait l’air hypocrite, mauvais. Je me souviens des lettres en couleurs punaisées sur les murs, pour apprendre à lire. Des lettres qui prenaient la forme d’animaux rigolos. Mais elles cachaient un mensonge. Je le percevais. Et cette perception était le négatif de ce que j’avais éprouvé en écrasant la mouche entre mes doigts. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Sam 9 Aoû - 2:45 | |
| 7 : 27 C’est à cette époque-là que ma mère a commencé à dérailler. A avoir le sommeil agité. A prendre des médicaments. Somnifères, antidépresseurs. Tranquillisants. A fumer beaucoup plus de tabac. A se mettre au cannabis. Tout ça progressivement, au cours de la première année. Je ne la voyais pas beaucoup. Elle se levait après que j'étais parti pour l’école, et rentrait de son travail une heure après moi. Elle s’endormait souvent à table ou sur le canapé, devant la télé. On mangeait des pâtes, des conserves réchauffées au micro-onde, des soupes en sachet. Souvent, c’est moi qui m’occupais de la cuisine. Elle mettait la table. Elle faisait chauffer de l’eau ou elle ouvrait une boite. Elle se mettait à table, et elle avalait ses cachets sans y penser. Elle enchaînait joints et cigarettes. Elle piquait du nez devant le journal télévisé. La plupart du temps, je la laissais dormir. Je mangeais seul. Ou alors, je ne mangeais pas, moi non plus. J’écoutais sa respiration troublée. Je n’en pouvais plus de la voir comme ça. Et il y avait aussi les bains. Une heure ou deux après avoir piqué du nez, alors que je me préparais à aller au lit, elle ouvrait les yeux. Elle rallumait la télé que j’avais éteinte, elle marmonnait des phrases que je ne comprenais pas, et elle allait au réfrigérateur prendre deux ou trois yaourts, qu’elle mangeait debout, dans la cuisine, avant de revenir rouler des cigarettes et des joints. Elle me souhaitait bonne nuit. Elle ne m’accompagnait pas au lit. Elle me disait qu’elle m’aimait, mais son regard était absent. Je continuais à m’intéresser à mes odeurs, mais j’avais abandonné mon carton. Je pleurais beaucoup. Je n’arrivais pas à encaisser cette situation. Je voyais ma mère devenir folle, et la seule chose qui la réconfortait ne me paraissait pas bien. Je m’enfouissais sous les couvertures, pour ne pas l’entendre parler à mon père mort, et je remplissais ma conscience des odeurs de mon corps. Je ne pensais plus. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Dim 10 Aoû - 3:05 | |
| 8 : 26 On prenait des bains ensemble pour passer plus de temps tous les deux. Ma mère était trop fatiguée pour jouer avec moi, alors elle a décidé que le bain serait un moment à nous. Au début, ça me gênait un peu d’être nu devant elle, mais la gêne est passée. Elle me disait que ça lui faisait du bien, que sa vie était horrible, que ça l’aidait à tenir. Moi, je pensais à mon père. Elle me racontait comment c’était difficile de me laver quand j’étais bébé et que je remuais dans tous les sens. Elle me disait à quel point c’était agréable de me donner le sein. Un soir, j’ai joué au bébé. Je l’ai éclaboussée et elle s’est mise à rire. On a pris l’habitude de ce jeu. Un autre soir, elle a prolongé le jeu et elle m’a donné le sein. J’ai retiré ma bouche, surpris, mais elle m’a maintenu contre elle. Elle m’a murmuré de continuer, que ça lui ferait du bien, beaucoup de bien. Alors, je l’ai tétée. J’ai trouvé ça agréable. Et je me sentais très mal à l’aise, aussi. Elle respirait fort. Elle m’a expliqué, d’une voix coupée de soupirs, que quand j’étais bébé elle prenait beaucoup de plaisir à m’allaiter, un plaisir incroyable, et qu’elle était tellement, tellement heureuse que ce plaisir revienne. Elle avait la tête renversée en arrière, elle gémissait, et de ses deux mains elle me guidait d’un téton à l’autre. Elle se tortillait. Après avoir hésité un peu, elle a relâché son étreinte. D’une main elle m’a caressé la nuque et le dos ; elle a plongé son autre main sous l’eau, entre ses cuisses. Elle a gémi plus fort, jusqu’à un paroxysme qu’à l’époque je n’ai pas compris, et puis elle m’a repoussé, et de nouveau attiré contre elle, pour un câlin plus doux. Je me sentais à la fois bien et mal, content et frustré. Mon sexe était dur, mais nous faisions semblant de ne pas nous en apercevoir. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Lun 11 Aoû - 3:24 | |
| 9 : 25 Elle m’a très vite appris à lui lécher le sexe. Entre sept et quatorze ans, notre sexualité a été de plus en plus approfondie. Moi, je ressentais le même mélange incohérent d’émotions et de sensations. La première fois qu’elle a osé me branler, le malaise qu’elle éprouvait s’est mélangé au mien. Cette fois-là seulement, j’ai éprouvé un plaisir sans contrepartie. Un véritable orgasme. Ensuite, ma mère a évacué sa honte. Et moi, même si elle me faisait jouir en me masturbant ou en me suçant, je restais partagé entre la gêne, l’écœurement et le plaisir. J’avais tout à la fois envie de recommencer, pour retrouver le bien-être intense de cette première fois, et honte d’avoir de telles pensées, et envie que tout cela cesse, et je ne trouvais pas le courage de le dire à ma mère, et je me sentais par-dessus tout coupable de vouloir briser la seule chose qui lui apportait du bonheur. Tout ça se mélangeait et créait une grande confusion dans mon esprit. Pour mes neuf ans, elle m’a offert un gode-ceinture, afin que je puisse lui faire l’amour comme un grand (disait-elle). Les bains, désormais, étaient de simples préliminaires, et nous terminions au lit. Je la baisais avec mon gode-ceinture. Le plus souvent, j’étais allongé sur elle. Ses cris de jouissance me faisaient peur au début, et me donnaient envie de pleurer, et puis je m’y suis habitué. Après qu’elle ait pris son plaisir, elle me donnait le mien en me suçant. Nous faisions aussi des soixante-neuf. Nous avions des relations sexuelles pratiquement tous les jours. Lorsque j’ai eu douze ans, il n’a plus été nécessaire d’utiliser le gode-ceinture. Je parvenais à la pénétrer sans difficulté. Je la faisais jouir. Une partie de moi adorait ça. Mes sentiments, mes émotions et mes sensations physiques s’intensifiaient, chacun dans sa direction opposée aux autres. J’étais tiraillé de honte et de dégoût, mais ma libido demeurait insatiable. Souvent, c’est moi qui allais provoquer ma mère. Les autres filles ne m’excitaient pas. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Mar 12 Aoû - 2:57 | |
| 10 : 24 La première fois que j’ai vu un cadavre d’animal, j’avais neuf ans. Ca faisait deux ans que mon père s’était pendu, et un an et demi que j’avais des relations sexuelles avec ma mère. A l’école, j’étais invisible, méfiant, et indifférent à tout. Mon statut d’enfant de suicidé s’estompait, mais tout le monde, adultes comme enfants, me foutait la paix. Ca m’allait bien. Cet animal, c’était un chien. Je l’ai découvert le matin, en allant à l’école. Je n’ai d’abord pas vu de quoi il s’agissait, il faisait encore nuit, on était en novembre. Juste une forme immobile à cheval sur le talus et la route. Et puis j’ai identifié cette forme. Mon cœur s’est mis à battre, j’ai pensé à plein de choses, dans tous les sens. Je me suis approché de l’animal. Il avait probablement été écrasé. Il était presque intact. J’ai juste vu une blessure à la cuisse, où le sang avait collé et laqué les poils. Il était allongé sur le flanc, la tête tournée vers la route, la gueule ouverte. Un liquide noir mêlé à de la boue tâchait ses dents et ses gencives. Ses yeux étaient ouverts et vitreux. Je me suis accroupi. J’ai tâté la cuisse là où il avait été percuté. Les poils collaient. En dessous c’était froid et rigide. J’ai touché sa langue, ses dents, ses yeux. J’avais des frissons. Je n’en perdais pas une miette. Ce chien dégageait une puissance incroyable. Il me donnait de l’énergie, il me faisait du bien. Je n’en revenais pas. J’ai été tiré de ma rêverie par les phares d’une voiture qui approchait. J’ai juste eu le temps de tirer le chien dans le fossé, pour que personne ne le voie. Il fallait que j’aille à l’école. J’étais déjà en retard. J’espérais qu’il serait encore là à mon retour. La journée d’école est passée très vite. Je ne pensais qu’au chien. Je l’ai revu le soir, brièvement, mais je savais que j’aurais plus de temps le mercredi suivant. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Mer 13 Aoû - 2:24 | |
| 11 : 23 Je suis sorti de la maison peu de temps après ma mère. Si elle l’avait su elle me l’aurait interdit. C’était une bonne mère. Ce qu’on faisait le soir, et tous ce qu’elle prenait, c’était une chose. Mais c’était une bonne mère, elle m’élevait bien. Elle me prévenait des dangers du monde. Elle m’enseignait la méfiance. Je me suis habillé chaudement, et je suis retourné à l’endroit où j’avais laissé le chien. Il était toujours là. J’ai commencé par le soulever, le porter, le traîner à l’écart comme je pouvais. Je me suis enfoncé dans la forêt. Au bout d’un quart d’heure, j’étais en sueur, et essoufflé. Le chien était invisible depuis la route. Les arbres m’entouraient, il faisait presque noir, il y avait juste une lumière grise, hivernale, qui perçait entre les branches. L’odeur de ma transpiration m’envahissait, des senteurs de terre et de compost m’entouraient. J’étais bien. Je me suis agenouillé à côté de la dépouille. Des fourmis marchaient sur ses yeux et sur sa langue. Son parfum était plus fort que quelques jours auparavant. J’ai passé toute la journée à le toucher, à le respirer, à enfoncer mes mains au fond de sa gorge, à humer sa gueule, sa peau, ses organes génitaux, son anus. J’ai promené mes narines partout sur lui. J’ai enfoui mon visage dans son pelage sale. Des sensations violentes me traversaient. Je découvrais quelque chose d’encore plus fort que mes propres odeurs. J’ai sauté le repas de midi, sans même m’en rendre compte. J’étais hors du temps. A l’aide de mes doigts, j’ai ouvert davantage la blessure, j’ai touché la chair gelée à l’intérieur, le sang gelé. Avec une branche j’ai extrait un œil. J’ai coupé le nerf et puis j’ai fait rouler le globe dans ma main. Il était dur et glacé et collant. Je l’ai pressé entre mes deux paumes. C’était difficile mais je suis parvenu à l’écraser. Dedans, c’était gélatineux et froid. La sensation était indescriptible. Comme vivant et mort à la fois. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Jeu 14 Aoû - 3:29 | |
| 12 : 22 A l’école, je ne disais rien à personne. J’avais vite compris que ma mère, ça n’était pas normal, ce qu’elle faisait. Mais je savais aussi que sans moi, elle mourrait. Elle ferait comme mon père ; et moi, je me retrouverais seul. Je ne pouvais pas envisager ça, à l’époque. Mais ce qui se passait dans la baignoire, ça me rendait dingue, lentement. Je n’en pouvais plus, de cette tension. Un jour, à l’école, j’ai pété les plombs. J’ai frappé un élève, et un instit. J’étais enragé. J’étais incontrôlable. Je suis devenu fou en seulement quelques jours. J’étais apathique ; je suis devenu furieux, violent. Il y a eu des psychologues, et une enquête sociale. J’ai été placé dans une famille, pendant deux mois. Là, j’ai compris. J’ai vu ce qui allait se passer, si les autres savaient, pour nous. Heureusement, ils n’ont rien découvert. Je suis retourné chez ma mère. J’ai vu un psy au début. Mais au bout de six mois les choses se sont tassées. Ma mère m’a dit qu’elle avait essayé de se suicider. Elle m’a montré ses poignets. Elle m’a supplié de ne plus jamais, plus jamais la quitter. Elle a pleuré. Nous avons fait l’amour. Les choses sont revenues à la normale. A l’école, désormais, je me tenais à carreau. J’avais compris. Ces six mois avaient été un cauchemar. Voir ma mère pleurer tout le temps. La voir flipper que je déballe nos secrets au psychiatre. Que je la dénonce. Elle m’aimait. Elle me le disait. Tout le temps. Au bout de six mois, quand ils nous ont foutu la paix, ça a été la délivrance. Et toute ma rage, maintenant, je la garderais. Rien que pour moi. Le chien était resté à la même place, tout ce temps. Il avait changé. Il s’était décomposé et desséché. J’avais pensé à lui tous les soirs, dans la famille d’accueil. Quand je l’ai revu, j’ai pleuré. De joie. Je me suis senti heureux, comme jamais je ne l’avais été. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Ven 15 Aoû - 3:33 | |
| 13 : 21 Au bout de quelques mois, le chien ne me faisait plus rien. Il s’était totalement décomposé. Il n’en restait que le squelette. Même son odeur, ne me fascinait plus. J’avais dix ans, je venais de passer en CM2, c’était l’été, ma mère travaillait toujours autant ; le soir nous baisions avec le gode-ceinture, elle aimait que je lui enfonce mon doigt dans l’anus pendant que je la pénétrais. J’avais grandi. Je pouvais me tenir à genoux derrière elle, et la prendre en levrette. Ensuite, elle me suçait. Ses yeux étaient toujours fermés. Elle ne me regardait jamais quand nous avions des relations sexuelles. Il faisait chaud. Je passais mes journées dehors, dans la forêt. Si on passe du temps à chercher quelque chose, si on est obsédé par ça, alors on trouve. Moi, ce que je cherchais, c’était des cadavres d’animaux. J’y passais toutes mes journées. Je me levais le matin un peu après que ma mère soit partie travailler. Je connaissais la forêt par cœur. Je connaissais les bons coins. Il y a des endroits où les animaux meurent davantage. Quand j’en trouvais un, un chat par exemple, un gros chat blanc, sans blessure apparente, je le soupesais, je le retournais, j’essayai de comprendre ce qui l’avait tué, une voiture la plupart du temps, quelquefois le poison, rarement, un autre animal. Quand le corps était trop près de la route ou d’une habitation, je l’éloignais. Je le dissimulai un peu. Mais la plupart du temps je ne le déplaçais pas. Cet été-là, j’ai découvert une douzaine de corps. Chacun perdait de l’intérêt au bout de deux ou trois jours. Je n’étais plus capable de passer des heures à contempler le même animal, comme au début. Il me fallait davantage. A la fin, alors que la rentrée approchait, mes journées se résumaient à un périple fébrile, d’un corps à l’autre, un quart d’heure passé ici, une demi-heure, là. J’étais fiévreux, je n’allais pas bien, ce simulacre de traque, cette compulsion, me pesaient beaucoup. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Sam 16 Aoû - 4:46 | |
| 14 : 20 J’ai encore tenu tout un trimestre, ainsi. Avant de commencer à chasser. Mes première tentatives ont été ratées. Je ne savais pas m’y prendre. J’ai du m’inscrire à la bibliothèque, emprunter des livres, me documenter sur la chasse. Les cadavres ne me manquaient pas. Je préparais mon coup. Ca a duré des mois. Je n’étais pas pressé, je trouvais quelque chose à apprendre. Ma mère a rencontré un mec, à cette époque ; nous ne prenions plus tellement de bains ensemble, et elle dormait souvent chez lui. J’étais livré à moi-même. Ca m’allait bien. le vingt-et-un mars mille neuf cent quatre-vingt-un, le jour de l’équinoxe, j’ai passé toute la nuit dans la forêt. Bien sûr, je n’avais pas choisi ce jour par hasard. J’ai pris de provision, de l’eau, des vêtements chauds, et je suis parti en début d’après midi. J’ai mis en pratique tout ce que j’avais appris dans les livres. J’ai posé des collets, j’ai disposé des appats à proximité et dans les collets. J’ai placé mes pièces à proximité de la route, et à proximité des maisons ; là où j’aurais le plus de chance d’attraper un chat ou un chien. Ca m’a pris tout l’après-midi. Quand le jour est tombé, et que la température a baissé, j’ai cherché un abris où passer la nuit. J’étais dans un grand état d’excitation. Je suis resté dehors toute la nuit, c’était incroyable. J’écoutais le vent, les voitures qui passaient de temps en temps sur la route. D’autres bruits, que je ne comprenais pas. Je n’avais pas peur. Je faisais corps avec la forêt. L’humidité, le froid ; les odeurs de feuille morte. Je n’ai pas dormi. J’étais attentif à tout, je tremblais d’excitation. Au matin, j’étais gelé et épuisé. J’avais mangé tous mes gateaux, j’avais faim. J’ai fait le tour de mes pièges. Il y avait un gros chat roux, pendu par les pattes avant et le cou. Il miaulait. Il paniquait. Il avait chié sous lui. J’ai brisé son crâne avec une branche. |
|  | | konsstrukt Fraîchement mort!

Nombre de messages: 142 Date d'inscription: 03/08/2008
 | Sujet: Re: la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) Dim 17 Aoû - 4:46 | |
| 15 : 19 Entre l’été quatre-vingt-un et l’hiver quatre-vingt-huit, j’ai capturé une ciquantaine d’animaux domestiques. Désormais, j’avais toujours un couteau avec moi. Je l’ai d’abord dissimulé sous le fond de mon cartable, et puis dans une poche de mon sac de collège, dissimulé parmi des vêtements. Il me servait à ouvrir la gorge de animaux que je capturais. Je variais les zones de chasses, pour ne pas me faire prendre. Je crois que jamais personne n’a eu aucun soupçon à mon égard. Vers l’âge de douze ans, ma mère se suicidait régulièrement (j’y reviendrai), j’avais avec elle mes premières relations sexuelles avec pénétration, et mes fantasmes mêtaient en scène, de façon chaotique, l’homme qui approche et la mort de mes camarades de classe (j’y reviendrai aussi). C’est à cette époque que j’ai eu l’idée de construire mon sanctuaire. J’ai trouvé le nom quelques temps plus tard. Au début, ça n’était rien d’autre qu’une planque, dans les bois, pour stocker les animaux que je capturais. C’était d’abord simplement un endroit dans la forêt, rien de fabriqué, simplement quelques branchages entassés et des vieilles couvertures pour dissimuler les corps, rien de plus. Ensuite, j’ai eu l’idée du sanctuaire. De nouveau, j’ai passé du temps à la bibliothèque. A me renseigner sur les temples, sur la maçonnerie. Et puis j’ai commencé le travail. Ma mère n’était plus avec son mec. Elle avait besoin de moi tous les soirs. Souvent, on dormait ensemble. Elle me laissait faire ce que je voulais, désormais. On était devenu un couple. Je consacrais mes mercredis à mon sanctuaire. J’avais seulement douze ans, mais je me comportais déjà comme un adulte. J’avais appris à tout séparer, à tout dissimuler. Mes pensées, mes actes, mes émotions. A douze ans, j’avais déjà compris que tout le monde mentait, et que tout le monde me voulait du mal. J’avais compris que s’ils connaissaient mes pensées et mes actes, ils me haïraient. Ils me tueraient. Mon sanctuaire, j’ai mis trois mois à le construire. Et c’était juste le début. |
|  | | | | la nuit noire (roman à suivre / une séquence par jour) | |
|
| Page 1 sur 7 | Aller à la page : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7  |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| |
| |
| |