Je vais désormais vous parler d'un métrage qui me tient à coeur, et je m'excuse par avance de la longueur de ce topic :
Irréversible - 2001
Irréversible est le film-choc signé
Gaspard Noé avec en tête d’affiche
Albert Dupontel, Vincent Cassel et
Monica Bellucci.
Histoire : 2.5/5

Il faut l’avouer, l’histoire d’
Irréversible n’a rien d’extraordinaire. Alex et Marcus sont un jeune couple installé à Paris. Ils ont un ami en commun : Pierre. Un soir qu’Alex rentre seule chez elle, elle est agressée physiquement et sexuellement dans un passage souterrain. Marcus apprenant la nouvelle, il ne désire qu’une chose : venger Alex. Tandis que Pierre tente de le raisonner, Marcus se voit aidé par deux hommes connaissant l’agresseur. Bientôt, Marcus et Pierre sont pris dans une descente aux enfers qui les emmènera loin, très loin…
L’histoire n’a donc rien de sensationnelle mais cette lacune est largement compensée par les acteurs, les personnages et la réalisation de Gaspard Noé.
Réalisation : 5/5Irréversible possède une réalisation très particulière qui ne plaira pas à tout le monde, soyez en certains. Personnellement, je suis un fervent admirateur de la manière dont Noé réalise ce film. Première particularité de ce film : vous commencez par la fin pour terminer par le début. Devant vos yeux défile le générique de fin, puis vous voyez un homme corpulent donner une leçon de morale à un jeune homme. La caméra se déplace et vous découvrez
Albert Dupontel (Pierre) et
Vincent Cassel (Marcus) embarqués par la police. Puis la caméra tournoie de plus en plus et vous vous retrouvez dans une boîte gay sado-maso trente minutes plus tôt. D’où le titre du film :
Irréversible, les actes commis ne peuvent être changés. Et le film se clôt sur une morale glaçante : le temps détruit tout.

Mais là où beaucoup ne supportent pas ce film, c’est dans la façon qu’a
Noé de manier sa caméra. 360° incessants pour montrer le malaise des personnages, la caméra se retrouve sens dessus dessous à tout moment, les décors sont tous particulièrement sombres, la caméra passe d’un personnage à un autre de manière brutale ou encore semble frapper contre des parois pour y pénétrer, à la manière d’un fantôme. Une raison à cela, eh bien oui. Si l’on remet le film dans le sens chronologique conventionnel, c’est à partir du moment où Alex, le personnage de
Monica Bellucci, se fait violer que la caméra commence à effectuer des mouvements anormaux jusqu’à dérailler dans tous les sens, marquant ainsi la descente aux enfers de Pierre et Marcus.

La scène de viol adopte un plan de caméra neutre : la caméra est posée sur le sol et l’on assiste durement au viol d’Alex, comme un témoin impuissant (désolé pour le jeu de mots !).
Je suis un vrai fan de cette réalisation originale qui, pour certains, n’est rien d’autre que du n’importe quoi cinématographique. Et autre point qui me fait d’autant plus apprécier
Irréversible : le film est uniquement composé de longues scènes, ce qui fait qu’on a l’impression d’assister à un documentaire mais à l’envers.

La mise en scène est impeccable, le film s’emboîte en un seul block. Et les effets spéciaux sont bluffants, notamment lorsque Marcus se fait casser le bras en deux et que Pierre arrive par-derrière pour écrabouiller la tête de l’assaillant : en fait, Marcus se frite avec l’agresseur d’Alex, ce dernier le met à terre, pose son pied sur le bras retourné de Marcus, et tire sèchement dessus, ce qui fait que le bras est brisé en deux ; mais l’agresseur ne veut pas s’en tenir là et il commence à défroquer Marcus afin de le violer, à ce moment Pierre surgit avec un extincteur et le frappe à la tête avant de la lui écrabouiller littéralement. Une scène macabre et ultra violente en plus d’être très bien faite, que je ne me lasse pas de revoir encore et encore.
Musique : 3.5/5La musique n’est certes pas révolutionnaire mais permet de faire monter la tension chez le spectateur et fait magnifiquement écho à la dureté des images. Les ambiances sonores sont glaçantes, glauques et mettent volontiers le spectateur plus mal à l’aise qu’il ne l’est en regardant
Irréversible.
Personnages/Acteurs : 5/5
Albert Dupontel est excellent : froid, violent, sombre, d’un charisme et d’une prestation détonants qui ne laisseront pas le spectateur de marbre.
Vincent Cassel et
Monica Bellucci jouent très bien, et s’approprient sans difficulté des rôles à risque.

Que dire des personnage si ce n’est qu’ils sont très réalistes, dotés d’une personnalité fouillée et complexe, et soit attachants soit rebutants. Pierre est un prof d’histoire essayant de raisonner Marcus quand il cherche à se venger. Marcus est un jeune homme brutal, qui ne lésine pas sur les moyens pour trouver matière à sa vengeance. Alex est une jolie jeune femme plutôt naïve et qui a tendance à se croire un peu trop intouchable.

À côté des personnages principaux, vous trouvez une multitude de caractères secondaires inquiétants et complexes : un informateur transsexuel, deux montagnes de muscles qui en savent beaucoup, un agresseur violent et amoral, un homosexuel sado-maso… Tout autant de personnages difficiles à cerner et qui nous rebutent au plus haut point.
En résumé,
Irréversible est un film que j’affectionne tout particulièrement, tout d’abord parce qu’on y retrouve
Albert Dupontel, ensuite parce que la réalisation est très originale et fait d’
Irréversible un brillant film d’auteur. La scène de l’extincteur est sublime, et la scène de viol si réaliste et si pesante (durant environ dix minutes sans musique ni mouvement de caméra) que je n’ai pas dormi pendant deux soirs de suite.
Un film à voir avec les tripes bien accrochées et pas en mangeant - comme je l’avais fait.
Toutefois, le côté à l’arrache de la réalisation peut rebuter en premier lieu, et ce n’est qu’après une vision ultérieure que j’ai pu l’apprécier à sa juste valeur.
Note : 16/20